|
| |
|
|
Thiouville : Le domaine de Théodulfus
|
 Le nom de Thiouville viendrait de Théodulfivilla, domaine de Théodulfus, théologien de l’époque carolingienne, évêque d’Orléans et conseiller de Charlemagne. Il faut noter que Thionville (en Moselle) a la même étymologie. Il en est de même de Theuville aux Maillots. En 1096, un sire de Théoville participe à la première croisade à Jérusalem. En 1207, un seigneur de Thiouville donne le patronage de l’église du Saint Vaast au chapitre de Rouen, ce qui sera source de conflits futurs jusqu’à la Révolution. Vers 1314, trois ans de sécheresse, puis de pluie et de gel, entraînent famine et peste qui ravagent le Pays de Caux. Il est probable que Thiouville ait été touché. En 1338, Guillaume Renard offre des subsides et des hommes d’armes à Philippe de Valois pour sa campagne d’Angleterre.Thiouville s’appellera « Thiouville la Renard » jusqu’au début du XVI ème siècle. A la fin du XIVè siècle, le fief passe aux d’Herbouville qui le garderont près de deux cents ans. C’est une puissante famille qui a des terres notamment dans la vallée du Dun, comme le château d’Herbouville, à Saint-Pierre Le Vieux.
|
|
|
|
 Leurs armoiries « de gueules, à la fleur de lys d’or » figurent sur un plat, actuellement au musée de Fécamp. C’est sans doute, un Herbouville qui entreprend la réédification de l’église de Thiouville. Il reste, de cette construction, outre les très intéressants fonts baptismaux, la petite chapelle seigneuriale (1535) et le chœur en pierre, où fut enterré Charles d’Herbouville. Malheureusement son tombeau a disparu, mais il reste, sur une pierre de la chapelle, l’effigie d’un chevalier à genoux, mains jointes, en cotte de mailles, avec son heaume, à côté de l’épigraphe en vers de Marie de Dampierre, épouse de Charles, «oultrepassée » en 1553.Jusqu’au début du XVIIè siècle, la seigneurie de Thiouville appartient aux Auber, puis aux du Sart. C’est à cette époque, semble t-il, que le château actuel remplace un édifice avec pont-levis, entouré par des douves, construit sur une motte féodale.En 1771, Robert-Adrien Guillebert est inhumé dans la chapelle seigneuriale et son fils dernier seigneur de Thiouville, est victime de la révolution en 1793. Thiouville compte une centaine de « feux » et 850 habitants. C’est un gros village avec un curé et un vicaire. Il est peuplé de « laboureurs » .Certains sont propriétaires. D’autres louent des terres. Les exploitations dépassent rarement la vingtaine d’hectares (Jean Bucaille, le syndic, possédait 15 ha). On cultive des céréales, du colza (à partir de 1770), du lin, du trèfle. Il y a aussi de l’élevage de bovins et de moutons. Outre ces activités agricoles, on note une assez forte activité de filature et de tissage, à domicile, mal rémunérée. Les « cacheux de navette » sont pauvres ! on fait de la draperie (de laine) et de la toilerie (de lin et de coton). Le coton supplante vite les autres textiles. Bien entendu, il y a des artisans (charron, forgeron, etc…) et des commerçants (boulanger, épiciers, etc….). Nicolas Caillot est boulanger en 1793 avec un « garçon-boulanger qui s’appelle François Le Maistre. Jean Riard est épicier. Un chirurgien, Duchemin, habite Thiouville (il deviendra Juge de Paix). Il y a un moulin (voir le petit Thiouvillais). Certaines maisons n’ont qu’une pièce, au bout de l’étable. Le cahier de doléances de la paroisse, rédigé par le syndic Bucaille, en 1789, demande une meilleure répartition des charges entre les trois ordres de la société (Clergé, Noblesse, Tiers-Etat), la diminution des dîmes dues au Clergé, la suppression de la Gabelle, cet impôt sur le sel, injuste et impopulaire, qui empêche les modestes gens de saler assez de harengs pour leur hiver et, même, l’abandon par l’Eglise, des fiefs qu’elle possède et qui « proviennent de la libéralité de nos rois et de nos anciens ducs.
|
|
|

La Révolution se passe d’abord sans trop de heurts, mais lorsqu’un serment de fidélité à une constitution civile du clergé est imposé à tous les prêtres, par l’Assemblée Nationale, en 1790, l’abbé Taude, curé de Thiouville, et son vicaire, l’abbé Viret, refusent, comme beaucoup de prêtres. Devenus « réfractaires », ils doivent se cacher. Jean Bucaille abrite l’abbé Taude, chez lui, où sont dites des messes clandestines. Thiouville a maintenant une municipalité et un bataillon de la Garde Nationale, dont le commandant est un agriculteur aisé, Legros. Un curé «jureur», l’abbé Nicolas Vincent remplace l’abbé Taude, sans agrément de l’archevêque de Rouen. Il est aussi «officier public de la commune», chargé notamment de l’état –civil. En avril 1793, la tension monte. On arrête l’ancien seigneur Guillebert. Les « patriotes » (c’est à dire les partisans de la Révolution) veulent en finir avec les prêtres réfractaires et avec tous ceux qui ne vont pas à la messe du curé-jureur Vincent. Il faut rappeler que le roi Louis XVI a été guillotiné en janvier 1793. Dans beaucoup de communes du département, des troubles éclatent, pour la même raison, mais c’est à Thiouville qu’ils sont les plus tragiques. Jean Bréard, agriculteur et Jean Bucaille, l’ancien syndic, également agriculteur pourtant aimé et respecté, périssent, sauvagement massacrés1 par une foule excitée de plus de 5000 personnes, venues des alentours, après sonneries de tocsin. C’est le 23 avril 1793. Leurs corps sont profanés, leurs maisons dévastées. Les autorités ne font rien pour les protéger. Si le commandant de la Garde Nationale Legros et le Juge de paix Duchemin, sont les meneurs, les assassins de Bucaille ne sont pas Thiouvillais. Ils viennent d’Héricourt (Saint-Mellon) et parmi eux, il y a un garçon de 16 ans ! «Ce n’était qu’une saignée d’aristocrates !» dira Duchemin…
|
|
|
Ce texte a été rédigé à l'aide des recherches précieuses de Jean-Jacques THIERCELIN, historien passionné habitant Thiouville.
|
|
|
Patrimoine
|
- Le château, construit sur les fondations d'un ancien château féodal (1750). - La chapelle seigneuriale (1735): A l'époque de la construction de l'église, Thiouville comptait 850 habitants. - L'église Saint Vaast (1785) : Le coeur et les fonds baptismaux (XVIème siècle) - La Nef et le beffroi en briques et silex (1785). - La maison de Bucaille* * ancien syndic de Thiouville, massacré en 1793 pour avoir refusé d’assister à la Messe d’un prêtre apostat.
|
|
|
|
|
|
|
| | |
| |
|